Compte bancaire professionnel aux Émirats : ouverture, revues KYC et que faire si la banque le bloque
Aux Émirats arabes unis, un compte bancaire de société s’ouvre, et reste ouvert, sur la foi de vos documents. La banque doit savoir qui détient la société, ce qu’elle fait et d’où vient son argent, et elle revérifie ces trois points tant que le compte existe. Quand une revue ou un blocage arrive, on en sort avec des pièces qui rattachent chaque paiement à un contrat et à une facture.
Ce que les fondateurs lisent sur l’ouverture d’un compte bancaire de société aux Émirats relève souvent du discours commercial : des taux de refus dont personne ne cite la source, des tableaux de soldes minimums, des listes de banques « faciles ». Nous voyons le sujet du côté de la comptabilité. Une équipe conformité lit un dossier : la licence, la chaîne de détention, le chiffre d’affaires que vous avez annoncé, et la cohérence entre tout cela et l’argent qui circule sur le compte. Une comptabilité propre fait ouvrir le compte plus vite et lui fait passer les revues suivantes.
Ce guide explique ce que contient ce dossier, pourquoi la banque revient demander des pièces, et ce qu’il faut faire, dans l’ordre, quand une demande KYC ou un blocage tombe.
Ce que recouvre le KYC pour un compte de société
Le KYC (know your customer, « connaître son client ») est la procédure par laquelle une banque identifie son client, retrouve les personnes physiques qui le détiennent ou le contrôlent en dernier ressort, et comprend quelle activité attendre sur le compte. Le texte de loi parle de vigilance à l’égard de la clientèle (customer due diligence, CDD).
Le cadre juridique vient de changer. Le Federal Decree-Law No. 10 of 2025 relatif à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et de la prolifération est entré en vigueur le 14 octobre 2025 et a abrogé le Federal Decree-Law No. 20 of 2018. Son règlement d’application, la Cabinet Resolution No. 134 of 2025, s’applique depuis le 14 décembre 2025. L’article 19 de la loi impose aux banques la vigilance à l’égard de la clientèle et une surveillance continue, et l’article 14 du règlement interdit à une banque de nouer ou de poursuivre une relation lorsqu’elle ne peut pas mener cette vigilance à son terme. C’est cette seconde règle qui explique pourquoi une demande KYC restée sans réponse se termine si souvent par une clôture.
Ce que contient le dossier KYC de votre société
Les articles 9 et 10 du règlement d’application énumèrent ce que la banque doit recueillir et vérifier pour une société :
- la dénomination, la forme juridique, l’acte constitutif (MoA) et les statuts (AoA) ;
- le numéro d’enregistrement à l’impôt sur les sociétés, si la société y est assujettie ;
- le siège social ou le principal établissement ;
- les noms des dirigeants, et la preuve que la personne qui agit pour la société y est habilitée ;
- les bénéficiaires effectifs : toute personne physique détenant 25 % ou plus des parts ou du capital, ou, si personne ne remplit ce critère, la personne qui contrôle la société par d’autres moyens, et à défaut le dirigeant principal.
Les lignes directrices CDD de la Banque centrale pour les établissements financiers agréés (en vigueur depuis le 7 novembre 2025) y ajoutent le profil d’activité : l’objet du compte, l’origine des fonds et l’origine du patrimoine, votre secteur, les pays avec lesquels vous travaillerez, ainsi que les types et volumes d’opérations attendus. Pour les clients à risque élevé, elles demandent aussi le chiffre d’affaires prévu, les contreparties connues et la saisonnalité. Ce profil sert ensuite d’étalon pour tout ce qui passe sur le compte.
De son côté, votre société tient son propre registre. En vertu de la Cabinet Decision No. 109 of 2023, elle doit tenir un registre des bénéficiaires effectifs et le mettre à jour dans les 15 jours suivant la date à laquelle elle a connaissance d’un changement (le règlement de 2025 reprend cette obligation en jours ouvrables). Fournir sciemment à une banque des informations fausses ou trompeuses sur le bénéficiaire effectif constitue un délit au titre de l’article 35 de la loi de 2025, puni d’emprisonnement et d’une amende d’au moins 20 000 AED.
Si votre société relève elle-même d’un secteur réglementé, comme le courtage immobilier ou le négoce de métaux et pierres précieux, elle a ses propres obligations au titre de la même loi, et la banque vous demandera comment vous les remplissez.

Combien de temps doit prendre l’ouverture d’un compte professionnel ?
Pour une petite ou moyenne entreprise à faible risque dont le dossier est complet, la Banque centrale attend désormais trois jours ouvrables, comptés à partir du jour où la banque dispose de tous les documents nécessaires. La règle vient du SME Customer Protection Regulation (C 2/2026), en vigueur depuis le 13 septembre 2026. La banque peut s’affranchir de ce délai lorsque ses obligations de conformité en matière de criminalité financière exigent davantage de travail : un profil à risque plus élevé prend donc le temps que prend la revue.
Le même texte prévoit qu’un retard sur une demande acceptée, pour toute autre raison, doit être expliqué et ne peut pas dépasser deux semaines. L’argent déposé pendant l’ouverture reste bloqué jusqu’à la fin des vérifications, et la banque doit vous en informer par écrit. Un refus est motivé par écrit, sauf si le motif tient au risque de criminalité financière. La banque doit aussi communiquer la liste minimale des documents exigés à l’ouverture et pour la vigilance continue : demandez-la avant de déposer votre dossier.
La notion de « PME » suit ici la Cabinet Resolution No. 22 of 2016, qui fixe des seuils d’effectif et de chiffre d’affaires par secteur (une société de services reste moyenne jusqu’à 200 salariés ou 200 millions d’AED de chiffre d’affaires). Les sociétés plus grandes sortent du champ du texte.
Pourquoi les banques mènent des revues KYC périodiques
Une revue KYC, c’est la banque qui vérifie que son dossier vous décrit toujours. Les lignes directrices de la CBUAE demandent aux banques de revoir chaque client selon un calendrier fixé par sa note de risque. L’exemple donné est annuel pour le risque élevé, tous les deux ans pour le risque moyen et tous les trois ans pour le risque faible, et le texte précise que ces intervalles ne sont pas obligatoires. Chaque banque fixe les siens.
Les revues suivent aussi des événements. Les lignes directrices citent notamment :
- un changement de détention ou de mode de fonctionnement de l’entreprise ;
- des variations importantes et inexpliquées de l’activité du compte ;
- des paiements rejetés ou bloqués à plusieurs reprises par des banques correspondantes ;
- des informations dont la banque apprend qu’elles sont périmées, comme une licence expirée ou un signataire parti ;
- une correspondance sur une liste de filtrage (sanctions, personnes politiquement exposées, informations défavorables).
En arrière-plan, la banque compare l’activité attendue et l’activité réelle. Quand elles divergent, les lignes directrices lui demandent de recueillir « une explication écrite du client, des justificatifs commerciaux ou des états financiers antérieurs ». Elles signalent aussi les réponses vagues sur l’origine des fonds, du type « investissement » ou « autofinancement » sans document à l’appui, et les sociétés nouvelles qui reçoivent des sommes importantes sans historique d’activité. Une société qui a doublé son chiffre d’affaires sans jamais prévenir sa banque s’attirera des questions, même si chaque paiement est légitime.
Pourquoi la banque refuse-t-elle de dire pourquoi mon compte est bloqué ?
Souvent, la loi le lui interdit. L’article 25 du Federal Decree-Law No. 10 of 2025 fait un délit du fait d’avertir quiconque, ou de divulguer des informations, au sujet d’opérations examinées dans le cadre de déclarations d’opérations suspectes, puni d’emprisonnement et d’une amende d’au moins 50 000 AED. Le règlement sur les PME permet de même à la banque de taire ses motifs lorsqu’ils relèvent de la conformité en matière de criminalité financière.
Les équipes conformité restent discrètes sur toutes leurs revues : leur silence ne vous dit donc rien sur l’existence ou non d’une déclaration. Répondez aussi complètement que possible aux questions qu’on vous a posées.
Deux situations différentes sont appelées « gel ». Une banque peut restreindre ou fermer un compte en application de sa propre politique. Par ailleurs, le directeur de la cellule de renseignement financier des Émirats (UAE Financial Intelligence Unit) peut suspendre une opération pendant 10 jours ouvrables au plus ou geler des fonds pendant 30 jours, les prolongations relevant du procureur général (article 51 du règlement d’application). Dans ce cas, la banque doit indiquer au titulaire quelle autorité a émis l’ordre et lui demander les documents prouvant la régularité de l’opération et la légitimité de l’origine des fonds.

Que faire quand une demande KYC arrive ou que le compte est gelé
- Notez l’échéance et répondez par écrit avant. S’il vous faut plus de temps, demandez-le par écrit.
- Demandez à la banque, par écrit, la liste de ce qui manque : quels documents et quelles opérations.
- Pour chaque paiement signalé, envoyez le contrat, la facture et la preuve de livraison, ainsi que l’écriture correspondante dans votre comptabilité.
- Justifiez les flux avec des parties liées par leurs pièces : la décision qui fonde un salaire, la décision de distribution de dividendes avec les états financiers, le contrat de prêt avec son échéancier. Notre guide sur la rémunération du dirigeant d’une société aux Émirats associe chaque paiement à son document.
- Mettez à jour le dossier de la banque : licence renouvelée, nouvelle activité, nouvel associé ou nouveau gérant, nouveau bail, registre des bénéficiaires effectifs à jour.
- Tenez un journal de chaque échange : dates, interlocuteurs, pièces envoyées, numéros de référence.
- Si la banque ne répond plus ou si vous contestez l’issue, déposez une réclamation formelle auprès de son service réclamations. Selon le règlement sur les PME, la banque doit en accuser réception sous 2 jours ouvrables et donner une réponse écrite définitive sous 30 jours ouvrables, en indiquant les voies de recours.
- En cas d’échec, saisissez Sanadak (voir plus bas).
Si la banque décide de mettre fin à la relation, les lignes directrices de la CBUAE prévoient que le compte soit fermé « de manière commercialement raisonnable ». Nous n’avons trouvé aucune règle de la CBUAE fixant un préavis avant qu’une banque ne ferme un compte professionnel : lisez les conditions de votre compte et gardez un second compte prêt à recevoir le solde.
Ce que la banque demande, et ce qui le prouve
| Ce sur quoi porte la question | Ce qui y répond |
|---|---|
| Origine du capital social ou des premiers dépôts | Relevés bancaires personnels montrant les fonds, acte de vente de l’actif cédé, décision de distribution de dividendes d’une autre société |
| Un encaissement important | Contrat ou bon de commande, votre facture, bon de livraison ou procès-verbal de réception de la prestation signé |
| Un paiement à un fournisseur étranger | Contrat fournisseur, sa facture, documents d’expédition pour les marchandises |
| Des virements au dirigeant ou à un proche | Contrat de travail et bulletins de paie, décision de distribution de dividendes avec les états financiers, ou contrat de prêt écrit |
| Des virements en montants ronds entre sociétés liées | Convention intragroupe ou contrat de prêt, décision du conseil, écritures concordantes dans les comptes des deux sociétés |
| Un chiffre d’affaires nettement supérieur à celui annoncé | États financiers ou comptes de gestion, déclarations de TVA de la période, contrats à l’origine de la croissance |
Puis-je saisir Sanadak pour un compte gelé ou fermé ?
Oui, et le motif décide de l’issue. Sanadak, l’unité de médiation créée par la Banque centrale, traite gratuitement les réclamations des particuliers, des entrepreneurs individuels et des PME, une fois que la banque a eu la possibilité de répondre. Elle peut rejeter une réclamation qui porte pour l’essentiel sur la politique et les pratiques de la banque en matière de gestion des risques ou de lutte contre le blanchiment.
Cette exclusion couvre la plupart des réclamations contre la décision de clôture elle-même. Les manquements de service offrent un terrain plus solide : absence de réponse à un dossier complet, retard inexpliqué, frais facturés en violation des règles, ou solde non reversé après la clôture.
Le calendrier demande de l’attention. Le règlement de 2023 qui a créé Sanadak lui permet de rejeter une réclamation si la banque n’a pas disposé de 30 jours ouvrables complets pour répondre, alors que la page u.ae consacrée à Sanadak indique actuellement 15 jours calendaires. Vérifiez les critères en vigueur sur sanadak.gov.ae avant de déposer. Le délai maximal est de trois ans à compter des faits ou de deux ans à compter du moment où vous en avez eu connaissance, le plus tardif des deux étant retenu, et Sanadak ne se saisit pas d’une affaire déjà portée devant un tribunal.
Une comptabilité et un dossier bancaire qui racontent la même histoire
La banque enregistre désormais votre numéro d’enregistrement à l’impôt sur les sociétés : vos déclarations fiscales et votre profil bancaire décrivent donc la même société, à des endroits que la banque peut consulter. Si le chiffre d’affaires annoncé à l’ouverture, les montants de vos déclarations de TVA et le chiffre d’affaires de votre déclaration d’impôt sur les sociétés ne vont pas dans le même sens, les lignes directrices de la CBUAE demandent aux banques de faire remonter les écarts qu’elles ne parviennent pas à expliquer.
La prévention relève de la routine. Émettez une facture pour chaque encaissement et classez le contrat qui la justifie. Rapprochez le relevé bancaire chaque mois, pour qu’une question trouve sa réponse dans le grand livre le jour même. Rémunérez le dirigeant selon des modalités écrites. Prévenez la banque quand l’activité change, avant que sa surveillance ne le remarque. Les banques conservent leurs dossiers au moins cinq ans après la fin de la relation ; notre guide des obligations de conservation des documents précise combien de temps la FTA attend que vous conserviez les vôtres.
Avant de déposer votre demande : la liste à préparer
- Une licence dont les activités correspondent à ce que la société fera réellement (voir notre guide de la licence commerciale).
- L’acte constitutif, les statuts, le registre des associés et le registre des bénéficiaires effectifs.
- Les passeports et Emirates ID des signataires et de chaque détenteur de 25 %.
- Un justificatif de l’adresse des bureaux, par exemple le bail.
- Un profil d’une page : activité, chiffre d’affaires mensuel prévu, principaux pays, principaux clients et fournisseurs.
- Les premiers contrats ou factures si vous en avez, et la preuve de l’origine du capital social.
- Votre numéro d’enregistrement à l’impôt sur les sociétés, si la société est enregistrée.
L’enchaînement complet, de la licence aux visas puis à la banque, est décrit dans notre guide pour créer une société aux Émirats.
Comment QuickTax vous aide
Nous tenons votre comptabilité sous la forme qu’attend une équipe conformité : encaissements rapprochés des factures, contrats classés en regard des paiements, virements au dirigeant et aux parties liées documentés, et un chiffre d’affaires identique dans le grand livre, les déclarations de TVA et la déclaration d’impôt sur les sociétés. Quand une demande KYC ou un blocage arrive, nous vous aidons à constituer le dossier de réponse à partir de ces pièces.
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Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Les règles bancaires et de lutte contre le blanchiment évoluent ; vérifiez les exigences en vigueur auprès de la Banque centrale des Émirats arabes unis, du CBUAE Rulebook et de Sanadak.
Ce que cela signifie pour vous
Un compte professionnel aux Émirats dépend d’un dossier que la banque vérifie tant que le compte est ouvert. Trois points décident de la suite :
La banque doit mener sa vigilance à son terme
Selon la Cabinet Resolution No. 134 of 2025, une banque ne peut ni ouvrir ni maintenir un compte lorsqu’elle ne parvient pas à terminer sa vigilance à l’égard de la clientèle. Une demande KYC restée sans réponse peut mettre fin à la relation.
Répondre aux revues par des documents
Pour chaque paiement signalé, envoyez le contrat, la facture et la preuve de livraison. Les virements au dirigeant et aux parties liées doivent s’appuyer sur une décision ou un contrat de prêt écrit.
Réclamer dans le bon ordre
Passez d’abord par le service réclamations de la banque : une PME reçoit un accusé de réception sous 2 jours ouvrables et une réponse définitive sous 30. Sanadak vient ensuite, mais peut rejeter les réclamations visant la politique anti-blanchiment d’une banque.
Questions fréquentes
Combien de temps une banque émirienne conserve-t-elle le dossier KYC de ma société après la clôture du compte ?
Au moins cinq ans. La Cabinet Resolution No. 134 of 2025 impose aux banques de conserver les dossiers de vigilance à l’égard de la clientèle, les dossiers de compte, la correspondance et les copies des pièces d’identité pendant au moins cinq ans à compter de la fin de la relation ou de la clôture du compte, et de les remettre sans délai aux autorités qui les demandent.
Quelle différence entre l’origine des fonds et l’origine du patrimoine ?
L’origine des fonds, c’est la provenance de l’argent d’une opération ou d’un dépôt précis, par exemple le paiement d’un client ou la vente d’un bien. L’origine du patrimoine, c’est la manière dont le propriétaire a constitué l’ensemble de sa fortune, par exemple une entreprise antérieure ou un héritage. Les banques demandent des justificatifs pour les deux lorsqu’elles classent un client à risque élevé.
Une société de zone franche doit-elle tenir un registre des bénéficiaires effectifs ?
Oui, si elle est enregistrée dans une zone franche commerciale. La Cabinet Decision No. 109 of 2023 s’applique aux sociétés du mainland et des zones franches commerciales, et impose à chacune de tenir un registre des bénéficiaires effectifs et de le mettre à jour dans les 15 jours suivant un changement. Les zones franches financières et les sociétés entièrement détenues par l’État en sont exemptées et suivent leurs propres règles.
Ma banque peut-elle facturer la mise à jour des documents KYC ou la clôture du compte ?
Pour les clients PME, le SME Customer Protection Regulation de la CBUAE interdit aux banques de facturer le travail effectué pour respecter des obligations légales, comme la mise à jour des pièces d’identité. Il interdit aussi tout frais ou pénalité de clôture une fois que le compte est ouvert depuis six mois ou plus. Les sociétés plus grandes, hors de la définition des PME, ne sont pas couvertes par ces règles.